Je descends la rue du vallon des Auffes, pour aller acheter une fougasse.
La boulangerie Benedetti se trouve dans un petit recoin derrière le port. C'est une toute petite boutique qui n'a pas été ravalée depuis des années. Elle ne peut pas contenir plus de cinq clients en période d'affluence.
Par contre on y trouve un pain et des spécialités délicieuses. J'aime bien cet endroit, la patronne, en bonne commerçante, m'accueille toujours avec un regard bienveillant, un sourire charmant et un « bonjour » qui me donnent l'impression qu'elle s'intéresse à moi.

J'affectionne cette boutique, et son odeur de pain. Mon péché mignon, ce sont les fougasses provençales sans pareil. Elles sont toutes fabuleuses, aussi bien celles au roquefort que celle aux lardons, quant à celle à la frita[1] c’est ma préférée. Ils font aussi des Coca[2] délicieuses qui me rappellent celles que faisait mon grand-père dans mon enfance.
J'aime bien y passer le soir juste avant la fermeture, comme je suis le dernier client j'en profite pour échanger quelques mots avec Mme Benedetti.

La boulangère est le prototype de la cagole[3] cinquantenaire en lutte contre l'âge qui avance. Elle a dû être une jolie jeune fille autrefois, mais maintenant elle atteint un pathétique qui m'attendrit. Ses cheveux blonds décolorés sont toujours maintenus dans un brushing impeccable, malheureusement ses efforts capillaires sont trahis par ses racines qui, quoiqu'elle fasse, restent toujours grise sur les deux premiers centimètres.
Son goût vestimentaire est très sûr. Elle porte en permanence une minijupe et un haut moulants dans les couleurs les plus criardes possibles ou, summum de l'élégance, en imprimé léopard. Elle a un beau visage de méditerranéenne agrémenté de grands yeux bleus, d'un nez réguliers et d'une bouche gourmande, un air de beauté italienne que les rides commence à marquer. Autre point commun avec toutes les Sophia, Gina et Monica c'est une poitrine opulente et une croupe rebondie. Malheureusement le manque d'exercice, l'âge, les abus alimentaires et les maternités l’on dotés d'un petit bedon qui s'il n'est pas encore gênant commencent à marquer sa silhouette. Son maquillage et bien sûr à l'avenant et la profondeur de son décolleté fait que la clientèle masculine, celle qui lui demande toujours d'aller chercher au fond de la vitrine, n'ignore pas qu'elle ne porte pas de soutien-gorge.

Quand j'entre dans la boutique, il est déjà 19 h 30. Les stores sur les portes et les vitrines sont déjà baissés et je suis le dernier client. Je demande à Mme Benedetti une fougasse roquefort qu'elle enveloppe dans un papier avant de la poser sur le comptoir. Elle me demande, comme d'usage, si je ne désire pas autre chose.
Les religieuses dans la vitrine qui nous sépare ont l'air appétissante avec leurs ventres rebondis, leurs glaçages chocolat et leurs volutes de crème Chantilly.
L'avenante commerçante se penche dans son étalage pour en saisir une. Emporté par l'élan de sa propriétaire, un nichon jaillis du décolleté pour aller s'écraser dans les choux à la crème.

Surprise par son débordement mammaire, elle se redresse brusquement, ce qui a pour résultat d'envoyer le second néné rejoindre son compagnon hors du corsage. Elle se tient là, devant moi, rougissante comme une jeune fille, et nous restons quelques secondes face à face hébétée sans rien dire.
Ne sachant que faire, je lui adresse un sourire gêné qu'elle me rend, puis dans un mouvement réflexe elle débarbouille son sein de la chantilly avec son index qu'elle porte à sa bouche et qu'elle lèche distraitement. Se rendant compte de la situation elle s'arrête et rougie derechef.

Ne sachant toujours que dire et pour détendre l'atmosphère, je déclare la première chose qui me passe par la tête :
- Ça a l'air vraiment appétissant !
- Vous voulez goûter ? dit-elle, en me lançant un regard de défi amusé.
Je lui souris et m'avance vers elle.
Je saisis à pleine main son sein Chantilly que je me met à lécher consciencieusement.
Pour ne pas faire de jaloux, mon autre main va s'occuper de son jumeau.
Son odeur de femmes m'enivre et nous restons quelques instants dans cette position. Son souffle devient court et ma pensée s'arrête totalement, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas vu, ni encore moins touché une poitrine. Surtout une de cette taille, mon ex-épouse et mes copines lesbiennes ne concourant pas dans la catégorie vache laitière.
Au bout d'un moment, ma main gauche descend explorer sa contrée septentrionale : pas de doute c'est une zone tropicale humide, chaude et accueillante.

Je passe alors derrière elle, et j'envoie mon corps expéditionnaire découvrire ces nouveaux territoires dans la formation dite « de la levrette ». Nous sommes tellement excités que l'orgasme arrive rapidement, intensément et bruyamment. Je reste comme anéanti par la fulgurance de la sensation. Cela fait au moins deux ans que je n'ai pas fait l'amour, et bien des années que je n'ai pas pris un tel pied.

Nous nous rajustons sans parler, un peu gênés, ne sachant que dire. Alors que nous n'osons pas nous regarder et qu'un silence pesant menace de s'installer, un client entre.
La boulangère me tend ma fougasse et me dit :
- Et avec ça M. Valdez se sera tout ?
- Ce sera tout pour aujourd'hui Mme Benedetti.
- N'hésitez pas à repasser vous êtes le bienvenu, me dit-elle avec un large sourire.
- Je n'y manquerai pas, la maison est particulièrement accueillante et c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup.
Je sors en saluant le papy qui ne doit pas être dupe de nos amabilités.
Alors que je remonte chez moi ont dévorant ma fougasse, je suis submergé par l'idée que tout compte fait, la vie c'est pas si mal !

Notes

[1] La frita est une sorte de ratatouille, composée de tomates, de poivrons verts et d'ail (en tout cas dans ma famille, certains déviationnistes remplacent l'ail par de l'oigon, mais c'est bien moins bon.)

[2] Chaussons frits a la Frita, plus c'est gras meilleur c'est !

[3] Fille ou femme à l'allure vulgaire.